cocoricovision #94

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La 67ème édition du Concours Eurovision va s’ouvrir dans quelques jours à Liverpool et celui ou celle qui soulèvera le trophée en sera le 70ème lauréat. Cet écart est dû à ce fameux Concours de 1969, où, comme disait Måns Zelmerlöw sur la scène de l’Ericsson Globen en 2016, quatre pays « split the win ». Depuis, en cas d’égalité de points, on a introduit des règles pour départager les ex-aequos, ce qui n’est arrivé qu’une seule fois, en 1991, et bien entendu c’est sur la France que c’est tombé. Bon, j’arrête de remuer le couteau dans la plaie de cette 6ème victoire manquée d’un rien.
 
Revenons donc à 2023. La saison des pre-parties est terminée. Ce marathon de bains de foule, de prestations et d’interviews à travers le Vieux Continent a été un succès. Ayant eu la chance d’être à Londres et à Amsterdam, j’ai apprécié la qualité des prestations et le bon niveau, au moins vocal, de cette promotion. Certes, il y a des titres plus écoutables que d’autres, mais dans l’ensemble le cru 2023 est plutôt bon et actuel, avec une grande diversité de styles musicaux. On a évité l’indi-gestion de ballades ou de titres euro-pop. Les artistes se préparent à la fête et semblent confiants à part deux ou trois qui ont encore du travail pour être au niveau.
 
Ces pre-parties ont été l’occa-sion d’observer que le public de l’Eurovision se rajeunit et se féminise. La relève est là et le Concours a encore de beaux jours devant lui. Elles ont aussi permis aux euro-fans, qui n’ont ni les moyens de s’acheter des tickets hors de prix, ni la possibilité de se loger sur place à des tarifs prohibitifs, de profiter un peu d’un l’Eurovision qui tend de plus en plus vers l’élitisme social.
 
Les bookmakers prédisent une victoire à la Suédoise Loreen, sa seconde après celle de 2012. Au moment où j’écris ces lignes, sa cote continue de grimper et se situe à 44%. Je reconnais que le « Tattoo » que les Suédois nous ont conconcté est un pur produit Eurovision, calibré pour l’emporter. Et si ça doit gagner, ce sera mérité.
 
Pourtant, je m’interroge. Cette victoire annoncée profi-tera-t-elle à l’Eurovision ? Je ne le pense pas. Derrière ce package rose-bonbon qu’on nous vend, il n’y a pas vraiment de nouveauté. On retrouve « Euphoria », revu et adapté. Profitera-t-elle à Loreen ? Pas plus. Elle est déjà une star, à la fois adulée par les eurofans et reconnue dans son pays (et même au-delà). Un petit coup de pro-jecteur de quelques semai-nes, dont il n’est même pas certain qu’il aura l’intensité de ce qu’ont connu Måneskin et Kalush Orchestra, et puis chacun passera à autre chose.
 
Selon les bookmakers, le seul à même de lui disputer la victoire est le Finlandais Käärijä avec son très décapant « Cha Cha Cha ». Pourquoi pas ? C’est original, les sonorités sont actuelles et Käärijä est un personnage à la fois charismatique et attachant.
 
Derrière ce duo qui fait la course en tête, les bookmakers parient sur les Ukrainiens TVORCHI, la Norvégienne Alessandra et l’Espagnole Blanca Paloma, mais aussi sur la France et La Zarra. C’est une agréable surprise de voir notre pays à ce niveau.
 
« Évidemment » est égale-ment apprécié par les euro-fans, comme en témoigne le joli parcours de notre repré-sentante à l’OGAE Poll.
 
En outre, notre délégation travaille sa mise en scène, nous promettant un « staging assez étonnant » et quelque chose qui sera « à la fois fashion show et hors nor-mes. » On a hâte de découvrir ce que France Télévisions nous mitonne pour le 13 mai.
 
Si l’alignement des planètes se réalise, prestation vocale impeccable, mise en scène marquante, tenue chic et ordre de passage favorable, on pourra rêver que la situation se renverse et que, dans la dernière ligne droite, La Zarra coiffe sur le poteau tout à la fois la Suédoise, le Finlandais, la Norvégienne et l’Espagnole. Et même si, en cas d’égalité, on l’emporte sur un obscur point du règlement on ne s’en plaindra pas. Ce sera un juste retour des choses, la revanche de 1991 en quelque sorte.
 
Oui, j’aimerais que cet Euro-vision ne soit pas écrit à l’avance et que l’artiste qui recevra le trophée ne soit pas celui ou celle qu’on nous annonce depuis deux mois. Car rien n’est plus beau qu’un Eurovision qui se termine par une énorme surprise.
 

Farouk Vallette